La devise helvétique rassure face aux incertitudes. Mais l’engouement reste mesuré
Les liens
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o Infographie. L’inexorable appréciation face au billet vert
o La situation de la Grèce pèse sur l’euro (19.01.2010)
Le franc suisse ne cesse de progresser face aux grandes devises étrangères. En six mois, il a gagné 3,1% face à l’euro, 4,3% face à la livre sterling et 5,2% face au dollar, alors que l’économie helvétique n’a pas été épargnée par la récession la plus profonde depuis la Deuxième Guerre mondiale. Retrouve-t-il son rôle de monnaie refuge auprès d’investisseurs désécurisés par les incertitudes à l’étranger?
«Le franc est devenu ces derniers mois l’une des principales valeurs refuges internationales, à côté de l’or», affirme André Keller, stratège de Saxo Bank à Zurich. Signe de cette fermeté: même la Banque nationale suisse (BNS) n’est pas parvenue à empêcher l’appréciation de la devise, malgré plusieurs interventions sur les marchés des changes depuis mars 2009. «Elle a perdu une partie de sa crédibilité dans cette affaire», affirme Michel Juvet, stratège à la banque Bordier à Genève.
Les bons comptes
La devise suisse retrouve le rôle qui a été le sien au cours des décennies d’après-guerre et qui s’était estompé dès 2003: celui d’un véhicule de placement réputé à l’abri des mauvaises surprises. «Il existe une corrélation entre la valeur du franc et celle des cours en bourse, expose André Keller. Lorsque les marchés boursiers se portent bien, la monnaie helvétique baisse car les investisseurs internationaux ont confiance. En revanche, quand ils s’avancent dans l’inconnu, les placements en francs suisses deviennent à nouveau attractifs.» L’attrait du franc s’explique par la bonne santé de la Suisse. Les finances publiques sont parmi les plus saines des pays développés et la conjoncture a moins souffert de la récession que dans la plupart des pays. «Le sauvetage réussi d’UBS et l’habile politique monétaire de la BNS ont renforcé la crédibilité de la devise», ajoute Charles Wyplosz, professeur d’économie à l’institut de Hautes Etudes internationales et du développement (HEID) à Genève.
Quant à l’euro, il est plombé par les inquiétudes sur la dette publique grecque et, plus largement, des pays les plus endettés de la zone (Portugal, Irlande, Espagne). D’où une forte baisse de la monnaie unique face aux autres devises en fin de semaine dernière.
Pour sa part, le dollar, même s’il bénéficie d’un rebond en raison de la reprise aux Etats-Unis, est durablement affaibli par la perspective d’une explosion de la dette publique américaine, selon Andreas Höfert, économiste en chef chez UBS à Zurich. Le yen, qui suit la même tendance haussière à court terme, est également handicapé, à long terme, par l’énormité de la dette et la perspective d’une reprise des opérations de portage (carry trade), avance Peter Rosenstreich, stratège chez le courtier en devises ACM à Genève. «Une baisse de la devise japonaise pourrait pousser les Américains à affaiblir à leur tour leur monnaie», ajoute Andreas Höfert. «Aucune monnaie majeure ne plaît vraiment, complète l’économiste. Les investisseurs ont donc de plus en plus tendance à privilégier les monnaies plus petites tels le franc suisse, les couronnes norvégienne et suédoise, voire le dollar de Singapour.» Les pays concernés affichent de bonnes santés financières. «L’inconvénient, sauf pour le franc suisse, est la petite taille de leurs devises», complète André Keller.
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Le «mystère»
Néanmoins, le franc offre les rendements les moins intéressants, le yen mis à part. Un placement sûr à dix ans ne rapporte que 1,97% alors que le produit est de 3,13% en couronnes suédoises, 3,16% en euros et de 3,63% en dollars.
Les investisseurs en quête de refuge paraissent disposés à «renoncer à une partie des rendements comme prix de la sécurité», comme le suggère Charles Wyplosz. Mais comment expliquer que cette différence était la même entre 2003 et 2008, lorsque les investisseurs privilégiaient leurs placements dans les devises majeures? «Il y a un mystère sur cette question», avoue-t-il. «On peut imaginer qu’ils se contentaient de moins en contrepartie d’échapper au fisc. Mais cet avantage n’a plus vraiment cours aujourd’hui», avance le professeur.
Des effets mécaniques d’ajustement peuvent intervenir, comme le propose Philippe Bacchetta, professeur d’économie à l’Université de Lausanne: «En termes réels, le franc est inférieur de plus de 5% à son niveau d’il y a quelques années. En fait, c’est sa faiblesse en 2005-2007 qui était surprenante.» La devise, alors victime de carry trades, s’était peu à peu dévaluée face à la devise européenne, pour atteindre 1,68 euro en octobre 2007.
La fin progressive des programmes de soutien des banques centrales pourrait même stabiliser le franc autour d’un nouveau pivot autour de 1,47 franc pour 1 euro, lance David Boom, responsable de la stratégie devises de HSBC à Londres.