En Afrique, l’avènement de sociétés locales bouscule Air France, Swiss et autre Brussels Airlines. Le marché camerounais, en plein essor, est le témoin d’une nouvelle concurrence
Dès l’été 2012, Swiss va cesser de desservir le Cameroun. La compagnie aérienne a décidé de s’allier à Brussels Airlines pour exploiter la ligne entre Zurich et Douala. Un départ «dicté par des raisons commerciales», selon Sonja Ptassek, chargée des relations presse de Swiss. Une manière édulcorée de dire que la ligne n’est plus assez rentable, interprètent plusieurs agences de voyages camerounaises. Swiss continuera néanmoins «de couvrir l’Afrique avec des vols à destination de Johannesburg, Nairobi, Dar es-Salaam et Le Caire».
Impossible cependant de ne pas voir dans la cause de ce départ, la conjoncture particulièrement concurrentielle du marché africain. Depuis les années 2000, de nombreuses compagnies nationales se sont créées, et convoitent aujourd’hui la destination Cameroun, pouvant servir de hub car située au centre du continent. Une offensive aussi massive que désordonnée qui fractionne petit à petit les parts de marché des mastodontes occidentaux. Entre 2010 et 2011, pas moins de trois compagnies locales sont venues grossir les rangs des transporteurs, désormais une vingtaine, qui exploitent les lignes vers Yaoundé ou Douala.
«La création de compagnies locales vient souvent briser le monopole de certaines compagnies européennes. Avant la création (ndlr: en 2006) de Camair-Co par exemple, Air France était la seule compagnie qui partait du Cameroun pour la France sans escales. Avec cette nouvelle venue, il y a forcément un manque à gagner», explique Ze Nestor, employé chez Safar Tour, un tour-opérateur basé à Yaoundé. Sur le marché camerounais, dont les plus de 700 000 passagers par an attirent aussi les mastodontes africains comme Kenya Airways ou Ethiopian Airlines, la concurrence devient chaque jour un peu plus dure.
L’engouement pour ces nouvelles compagnies s’explique d’abord par une politique de prix cassés, obligeant leurs rivales européennes à revoir leurs tarifs à la baisse. «En ce moment, en classe économique, un vol Yaoundé-Paris coûte 447 500 francs CFA (800 francs suisses) chez Camair-Co contre 535 200 francs CFA (970 francs suisses) chez Air France», précise Nestor Ze. Jouant aussi sur le patriotisme, ces transporteurs locaux pêchent dans la clientèle de leurs rivales. «Rien que sur les cinq premiers mois de fonctionnement, nous avons enregistré 44 000 passagers», affirme fièrement le Néerlandais Alex Van Elk, directeur général de Camair-Co. Forte de ce succès, la compagnie a même décidé de desservir d’autres lignes africaines et européennes.