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Dysfunctions Last Updated: Jan 29, 2012 - 4:07:48 PM


«Si Nicolas Sarkozy n’est pas réélu, l’UMP éclatera»
By Catherine Dubouloz, Le Temps (Suisse) 28/1/12
Jan 29, 2012 - 4:06:25 PM

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Ancien porte-parole du parti majoritaire, auteur d’un roman grinçant sur le monde politique, Dominique Paillé estime que le chef de l’Etat ne peut pas remporter l’élection présidentielle. Dans ce cas, Marine Le Pen fonderait un grand parti populiste en s’alliant avec une partie de l’UMP. Fiction ou prémonition?

Lorsqu’il a posé le point final de son roman d’anticipation sur l’élection présidentielle, Dominique Paillé* aurait pu passer pour un affabulateur. Le centriste, ancien porte-parole de l’UMP et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy, ouvrait son récit sur la défaite du chef de l’Etat au premier tour. C’était fin octobre 2011. La primaire socialiste achevée, François Hollande entamait sa baisse dans les sondages. Le chef de l’Etat sortait d’une période noire, marquée par une succession de révélations sur les affaires, mais il était certain de reprendre la main grâce au G20.

Trois mois plus tard, le livre paraît et la réalité se rapproche de la fiction. Nicolas Sarkozy semble avoir le blues. Il doute. Marine Le Pen le talonne dans certains sondages. Lors d’un déplacement en Guyane, le président a envisagé «la fin de sa carrière» devant quelques journalistes, leur confiant qu’il quitterait la vie politique en cas de défaite électorale. Ces propos, censés ne pas être répétés, ont fait le buzz au début de la semaine dès qu’ils ont fuité. Depuis, la combativité du président et sa motivation à se représenter font l’objet de nombreuses spéculations. Sa prestation télévisée programméee dimanche soir, une heure durant, sur cinq chaînes de télévision, simultanément, pour annoncer les dernières réformes du quinquennat, est des plus attendues pour juger de sa motivation.

Le scénario de Dominique Paillé serait-il prémonitoire? Actif en politique depuis plus de vingt ans, proche de François Bayrou au temps de l’UDF avant de rejoindre le Parti radical de Jean-Louis Borloo allié à l’UMP, le centriste est un fin analyste de la droite française. Depuis qu’il a perdu son poste de porte-parole du parti majoritaire avec l’arrivée de Jean-François Copé et que le Parti radical a quitté le giron de l’UMP, Dominique Paillé peut se permettre d’être féroce.

Le Temps: Dans votre livre, vous imaginez François Bayrou et Marine Le Pen s’affronter au second tour de la présidentielle. N’est-ce pas totalement farfelu?

Dominique Paillé: Ça l’était quand j’ai commencé à écrire. Aujourd’hui, ce scénario appartient au domaine du possible, car on s’achemine vers un match à quatre. Mais l’hypothèse sur laquelle je parie actuellement à 80%, c’est une victoire de François Hollande et de Marine Le Pen au premier tour. Je donne 10% de chance au duo François Hollande-Nicolas Sarkozy, la même chose à un duel Marine Le Pen-François Bayrou.

– Pour vous, Nicolas Sarkozy n’a plus aucune chance?

– Les Français rejettent le système «UMPS», comme dirait Marine Le Pen. C’est pour cela que la présidente du Front national et François Bayrou séduisent: ils apparaissent comme des solutions nouvelles même s’ils sont sur la scène politique depuis longtemps.

S’agissant de Nicolas Sarkozy, le rejet de sa personne est toujours énorme, l’image de président des riches lui colle à la peau, la droitisation de son discours lui fait perdre des voix au centre. Tout cela conduira l’électorat de droite modérée et du centre à choisir au premier tour un candidat qui corresponde davantage au style de gouvernance qu’il souhaite. François Bayrou peut incarner cela. Enfin, à courir après l’extrême droite de manière grotesque comme il l’a fait, Nicolas Sarkozy a non seulement profondément divisé son camp, mais il a aussi crédibilisé le discours de Marine Le Pen. Plutôt que de choisir la copie, les électeurs vont opter pour l’original.

– François Hollande s’est aussi imposé, alors que la droite prédisait son effondrement…

– Cette semaine, François Hollande a réussi son examen de passage. Il peut aussi séduire les centristes, notamment avec ses propositions sur la laïcité ou sur le monde de la finance. S’il continue ainsi, il peut priver François Bayrou d’une partie de son électorat.

– Dans votre livre, vous imaginez l’éclatement de l’UMP! Expliquez-nous.

– A mon avis, si Nicolas Sarkozy n’est pas réélu, le parti majoritaire éclatera en trois parties. Les centristes qui étaient restés à l’UMP rejoindront les radicaux ou le MoDem; un noyau populiste s’en ira vers Marine Le Pen; restera le cercle de l’ancien RPR. On risque un retour à la situation antérieure avec le RPR et l’UDF.

- Le moral à droite semble au plus bas. Vous confirmez?

– Oui. Et si Nicolas Sarkozy continue à piétiner à 23% dans les sondages avec Marine Le Pen qui le talonne, le moral va continuer à baisser. Mais il est trop tard pour une solution de rechange, comme une candidature d’Alain Juppé, par exemple. D’après moi, le président reste aveuglé par la capacité qu’il croit détenir de pouvoir renverser la table quelles que soient les circonstances. On verra quelles mesures seront présentées dimanche soir et quel sera l’impact de cette annonce. Si d’ici au 15 février, les sondages ne progressent pas, ou si les intentions de vote diminuent encore, cela peut aboutir à un sauve-qui-peut. A l’UMP, certains peuvent être tentés de rejoindre François Bayrou pour préparer l’avenir. Tout est possible.

– Comment appréciez-vous la stratégie de Nicolas Sarkozy, qui veut se présenter le plus tard possible?

– Il a raison! Il n’a pas de carte à abattre, il a un bilan qui n’est pas bon. Autant travailler jusqu’au bout, banaliser son entrée en campagne, faire de François Hollande un homme de la parole en passant soi-même pour un homme dans l’action.

– Aujourd’hui Marine Le Pen est créditée d’environ 20% d’intentions de vote. Qu’en pensez-vous?

– Le risque est qu’elle soit toujours minorée par les sondages, car la parole n’est pas totalement libre autour du Front national malgré la dédiabolisation qu’elle a opéré. Si l’actualité apporte de nouveaux événements difficiles, en termes économiques, de pouvoir d’achat et d’emploi, Marine Le Pen grappillera encore des points. Par rapport à son père, elle a une cohérence globale dans son projet et elle veut le pouvoir, cela la rend dangereuse.


Source:Ocnus.net 2012

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